Lubumbashi ou le théâtre des apparences : quand l’arrivée du Président transforme, le temps d’un éclair, une ville oubliée en vitrine d’une gouvernance sous perfusion

À chaque visite présidentielle, Lubumbashi change de visage en un temps record. Mais derrière cette métamorphose éclair se dessine une réalité plus dérangeante : celle d’une gouvernance qui semble s’activer davantage pour impressionner le pouvoir que pour répondre durablement aux besoins des citoyens.

À Lubumbashi, le bal est désormais bien connu. À l’annonce de l’arrivée du Président de la République, les balais remplacent les promesses, les camions d’assainissement surgissent comme par miracle, les chaussées retrouvent soudainement une dignité perdue et les chantiers abandonnés reprennent vie dans une précipitation presque théâtrale. Cette métamorphose éclair ne célèbre pas tant l’efficacité de l’administration qu’elle ne révèle son paradoxe le plus cruel : les ressources existent, les capacités aussi, mais elles ne sont mobilisées qu’au rythme des visites officielles. La ville devient alors un décor soigneusement maquillé, destiné à convaincre le pouvoir central que tout va bien, tandis que les habitants, eux, continuent de vivre le reste de l’année au milieu des déchets, des routes dégradées et des services publics défaillants.

Cette gouvernance de circonstance pose une question fondamentale : pour qui gouverne-t-on réellement ? Si les autorités sont capables de transformer le visage d’une ville en quelques jours lorsque le cortège présidentiel s’annonce, pourquoi cette même énergie disparaît-elle aussitôt les sirènes éteintes ? Gouverner ne consiste pas à préparer une mise en scène pour impressionner le Chef de l’État, mais à garantir quotidiennement aux citoyens les conditions élémentaires d’une vie digne. Une ville propre, des routes praticables et des infrastructures entretenues ne sont ni des privilèges ni des récompenses accordées à une population patiente ; ce sont les fondements mêmes du contrat entre l’État et les citoyens.

Lubumbashi mérite mieux qu’une propreté éphémère et une gouvernance de façade. Derrière les avenues fraîchement nettoyées se cache une vérité que nul coup de balai ne peut effacer : un développement qui dépend du calendrier présidentiel n’est pas un développement, mais une illusion soigneusement entretenue. La véritable réussite politique ne se mesure pas à l’éclat d’une ville pendant quarante-huit heures, mais à sa capacité à rester propre, fonctionnelle et digne les trois cent soixante-cinq jours de l’année. C’est à cette constance que se reconnaît un État responsable, et non à la perfection passagère d’un décor dressé pour une visite officielle.

La Rédaction

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